Nourrir le Sénégal en 2050 : une question économique avant d’être politique

Troupeau de zébus en pâturage dans la zone sylvopastorale du Sénégal

Nourrir 35 millions de Sénégalais en 2050 est d’abord un problème d’économie, pas de politique. Voici quelques constats simples, mais structurants.

Ce que disent les chiffres

  • Le Sénégalais consomme près de trois fois plus de viande que son voisin malien.
  • Pourtant, une part importante du bétail abattu et consommé au Sénégal dépend des flux régionaux, principalement du Mali.
  • Une grande partie de nos agriculteurs travaille encore au rythme des pluies, faute d’accès à l’eau.
  • Sans irrigation locale, l’éleveur sénégalais consacre jusqu’à 60 % de ses charges à l’alimentation du bétail.
  • Or nous sommes 20 millions aujourd’hui, et 35 millions attendus en 2050.

Autrement dit : notre sécurité alimentaire dépend de facteurs que nous ne maîtrisons pas totalement.

Le paradoxe

Le boucher, en bout de chaîne, travaille avec des marges faibles, insuffisantes pour investir dans la chaîne du froid, la transformation et la modernisation des outils.

Et pendant ce temps, la diaspora sénégalaise transfère chaque année plus de 2 000 milliards de FCFA. Deux réalités puissantes, mais encore peu connectées.

Et si la réponse tenait en milliers de micro-entreprises ?

Plutôt qu’un grand projet unique, imaginons des milliers de micro-entreprises intégrées, chacune associant :

  1. un agriculteur, pour l’alimentation du bétail ;
  2. un éleveur, pour une production optimisée ;
  3. un boucher, pour la vente directe, sans intermédiaires inutiles.

Avec comme ligne directrice de l’exécution un modèle « diaspora, foncier, productivité, marché » :

  • un pour mille des transferts de la diaspora alimente un fonds, avec des avantages en contrepartie ;
  • l’État sécurise un socle foncier, par exemple 10 hectares par micro-entreprise, et le fonds finance l’équipement par un prêt à taux zéro pour produire l’alimentation du bétail ;
  • le centre zootechnique de Dahra augmente la productivité par l’insémination artificielle, et le boucher actionnaire vend en direct.

Le génie sénégalais est déjà là

Des paysans capables de nourrir leur famille toute l’année en travaillant 25 % du temps. Des éleveurs qui tiennent malgré des contraintes extrêmes. Des bouchers capables d’évaluer une carcasse à l’œil nu avec une précision impressionnante.

Ce qui manque souvent, c’est l’alignement du capital, du foncier, de l’exécution et du temps long.

Ce n’est pas une leçon, c’est une proposition discutable et perfectible. Les entrepreneurs, la diaspora et les opérateurs économiques ont un rôle clé à jouer sur ces sujets structurants.

Sources : ANSD, BCEAO, Banque mondiale, FAOSTAT.

Article d'Ousmane Seck, directeur général de MATA, publié le 18 février 2026.
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