Nous annoncions fièrement que la livraison était gratuite. Le client souriait, puis rétorquait : « Vous êtes malins, vous l’avez intégrée dans le prix. »
Pourtant non : nous étions même moins chers que le boucher du quartier.
La livraison gratuite n’était pas une option commerciale. C’était une condition d’existence. Le Sénégalais qui commande de la viande en ligne pour la première fois fait déjà un effort culturel. Si, en plus, il doit payer la livraison, le calcul est immédiat : autant aller chez le boucher du coin. Nous ne pouvions pas nous permettre d’ajouter cette friction.
Un an de tests et 20 millions de FCFA
Trouver le bon modèle nous a coûté près de 20 millions de FCFA et presque un an de tests, jusqu’au passage aux motos électriques, qui a rendu les charges plus prévisibles.
Mais la véritable bascule est venue lorsque nous avons regardé les plannings. L’activité de nos boucheries se concentrait entre 9 heures et 15 heures. Le reste du temps, nos livreurs salariés et nos motos restaient immobilisés.
La question n’était plus de réduire ce coût. Elle était de le retourner.
Nous avons donc créé MLC, une entreprise logistique autonome capable de livrer, en dehors des commandes MATA, des chaussures, des documents, des sacs ou d’autres colis. Ce qui était un centre de coût est progressivement devenu une source de revenus.
Chaque livraison génère aussi des données
Les positions GPS de nos livreurs alimentent une carte thermique qui ne nous indique pas seulement où nous livrons aujourd’hui, mais aussi où nous pourrions ouvrir demain. Ce ne sont plus des hypothèses de marché, ce sont des décisions nourries par des comportements clients réels.
Ce que les algorithmes ne voient pas
Dans toute la chaîne MATA, le livreur est souvent le seul humain que le client rencontre. Tout le reste, de l’éleveur à l’abattoir, de la chambre froide au logiciel de caisse, reste invisible. Lui sonne à la porte, tend le sac et devient, à cet instant, le visage de l’entreprise.
Un livreur ordinaire dépose le sac et repart. Le nôtre peut identifier une hésitation, noter une préférence, gérer une réclamation sur le palier ou faire remonter une information avant même de quitter l’immeuble.
Dans un marché où la confiance se construit en face à face, le dernier kilomètre n’est pas seulement un coût logistique. C’est un acte commercial.
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